
Cette nuit je ne dors pas, ne rit pas, ne mate pas la télévision.
décembre 15, 2008Parce que depuis moins d’un mois mon grand père, l’homme par lequel m’est venu l’amour de la BD, des frites faites maisons, du bricolage du bois étant gosse, et de pas mal d’autres petites choses est en train d’oublier.
Je suis un gros connard avec les causes perdues : j’envoit polimment chier les gens de la croix rouge quand je passe dans la rue, je n’aide pas la lutte contre la sida, je me dit que c’est une forme d’injustice non réparable que des gens crêvent de fin et de soif dans le monde.
Cet après midi j’ai revu mon grand père. Il a perdu une dizaine de kilos, il a reconnu difficilement certains membres de ma famille. Moi j’ai eu de la chance, il m’a de suite reconnu, il s’est souvenu où j’habitais et donc d’où je venais, a eut la conscience de me demander combien de temps je restais. Il n’a pas voulu manger, j’ai réussi à le convaincre en lui disant qu’il n’était pas obligé de finir s’il n’avait plus faim.
Devant moi, à 18h, il m’a demandé pourquoi j’étais là si tôt de bon matin, et j’ai eut beaucoup de mal à lui expliquer que s’il faisait nuit c’était parce que nous étions en hiver. Son infection de la gorge se termine et il mange à nouveau, heureusement. Il a aussi demandé où était la femme qui lui faisait à manger d’habitude, il parlait de ma grand mère, elle était face à lui en train de lui cuire son repas, malgré mes explications pour le convaincre que c’était bien elle, il n’a pas voulu me croire. Ma grand mère à feint une sorte d’exaspération face à cette réaction, mais elle cachait mal le fait qu’elle était triste et fatiguée, ses cheveux en pétard et trop longs faute d’un petit passage chez le coiffeur par peur de laisser mon grand père seul.
De temps en temps il a des éclairs de lucidité où il se rapelle des non-sens qu’il a dit, il s’excuse auprès de nous de ne nous avoir pas reconnus, il semble triste de se rendre compte de sa maladie. Et moi, pauvre connard, abruti de merde sans coeur qui ne pense qu’a sa gueule, il a fallu que j’attende un mois pour venir le voir. Je me sens mal.
J’ai de la chance, il me reconnait encore et malgré mon égoïsme, il est content de me voir.
Putain d’alzheimer.
Putain de moi.
Je me hais
Thomas.
Ayant vécu une situation similaire avec un de mes grand-parents je ne peux que te dire que tu n’as pas à te haïr, même si te le dire ne sert presque à rien parce que c’est un sentiment qui va être très difficile à contrôler.
Alzheimer est une vraie saleté, quelque chose de purement terrorisant parce qu’on sait très bien qu’on ne peux rien y faire, que la situation n’ira qu’en se dégradant. C’est un des sentiments les plus désarmants au monde, auquel il est ardu de faire face. Mais tu ne peux rien y changer à part accepter les faits. C’est là-dessus que tu dois te battre.
La seule chose qui peut être faite pour apporter un mieux temporaire à la situation dépend de toute façon de ses enfants, toi tu es une génération trop loin.
Tu m’as rendu triste c’est dingue… Mon père nous reconnaît (pour le moment) mais il perd de plus en plus la mémoire en ce qui concerne tout le reste. Il demande la même chose 5,6 fois d’affilé alors qu’il a la réponse, oublie son chemin des trucs dans le genre et moi par contre j’ai tendance parfois à m’énerver contre lui non pas qu’il m’irrite mais parce que cette situation me rend profondément triste et comme chev la dit c’est terrorisant… ca va peut-être sembler puéril mais je veux mon ancien papa, je ne reconnaît pas celui-ci…
Mon grand père va mieux, enfin un peu.
En fait il a repris du poid et va donc mieux mais semble toujours fatigué. Il a beaucoup moins d’égarements qu’avant mais il ne reconnait pas ma grande mère, on a finit par réaliser qu’il chercher en fait ma grand mère quand elle était jeune et ne la reconnait pas à notre époque.
Et il y a aussi et surtout le fait que celle qui a au final le plus souffert c’est ma grand mère qui a pris 5 ans en 6 mois à cause de la tristesse, de la fatigue, de tout ça.
Enfin bon, ça va un peu mieux.