Parce que depuis moins d’un mois mon grand père, l’homme par lequel m’est venu l’amour de la BD, des frites faites maisons, du bricolage du bois étant gosse, et de pas mal d’autres petites choses est en train d’oublier.
Je suis un gros connard avec les causes perdues : j’envoit polimment chier les gens de la croix rouge quand je passe dans la rue, je n’aide pas la lutte contre la sida, je me dit que c’est une forme d’injustice non réparable que des gens crêvent de fin et de soif dans le monde.
Cet après midi j’ai revu mon grand père. Il a perdu une dizaine de kilos, il a reconnu difficilement certains membres de ma famille. Moi j’ai eu de la chance, il m’a de suite reconnu, il s’est souvenu où j’habitais et donc d’où je venais, a eut la conscience de me demander combien de temps je restais. Il n’a pas voulu manger, j’ai réussi à le convaincre en lui disant qu’il n’était pas obligé de finir s’il n’avait plus faim.
Devant moi, à 18h, il m’a demandé pourquoi j’étais là si tôt de bon matin, et j’ai eut beaucoup de mal à lui expliquer que s’il faisait nuit c’était parce que nous étions en hiver. Son infection de la gorge se termine et il mange à nouveau, heureusement. Il a aussi demandé où était la femme qui lui faisait à manger d’habitude, il parlait de ma grand mère, elle était face à lui en train de lui cuire son repas, malgré mes explications pour le convaincre que c’était bien elle, il n’a pas voulu me croire. Ma grand mère à feint une sorte d’exaspération face à cette réaction, mais elle cachait mal le fait qu’elle était triste et fatiguée, ses cheveux en pétard et trop longs faute d’un petit passage chez le coiffeur par peur de laisser mon grand père seul.
De temps en temps il a des éclairs de lucidité où il se rapelle des non-sens qu’il a dit, il s’excuse auprès de nous de ne nous avoir pas reconnus, il semble triste de se rendre compte de sa maladie. Et moi, pauvre connard, abruti de merde sans coeur qui ne pense qu’a sa gueule, il a fallu que j’attende un mois pour venir le voir. Je me sens mal.
J’ai de la chance, il me reconnait encore et malgré mon égoïsme, il est content de me voir.
Putain d’alzheimer.
Putain de moi.
Je me hais
Thomas.
