
Moi et les clowns.
août 14, 2008J’ai été voir ce matin le dernier Batman, réalisé par Nolan.

C’est un très bon film. Certes il lui manque quelques petits trucs (en fait il manque surtout de surprise du point de vue mise en scène, qui ne change pas de rythme pendant les 2h30 du film, et qui fait qu’on a du mal à se poser un peu), mais surtout il contient un nombre incommensurable de très bonnes idées.
Très bon équilibrage des acteurs, à fond dans leurs rôles respectifs, trio Batman/Joker/Kent vraiment bien foutu, rendant au film une maturité dans la série avait bien besoin.
Mais surtout une interprétation du Joker par Hayt Ledger mémorable au point qu’on parle de le nommer pour un oscar posthume, un seul acteur ayant réussi l’exploit de le remporter (il s’agit de David Finch, dont nous vous montrions il y a peu le dernier rôle qu’il eut fait dans Network), ce qui n’est pas rien.

Je ne sais pas pour vous mais je n’ai jamais aimé les clowns. Il existe à la base deux types de Clowns : le clown blanc habillé en pierrot et le clown auguste avec son nez rouge, ses vêtements extravagants et ses souliers énormes.
On peut ajouter des sortes de sous-catégories de clowns : le clown méchant qui fait des blagues aux gens qui ne sont pas forcément drôles, le clown extravagant qui sait qu’il est un clown et se complait dans ce rôle, et le pire de tout les clowns, celui que je déteste le plus, que je haïs : le clown triste.
Pour moi le clown triste est l’apanage d’une réaction humaine détestable. Il dépeint un personnage maladroit, a qui il arrive beaucoup de malheurs, et le public est souvent censé rire de ces malheurs. Contrairement au clown auguste/extravagant qui le prend toujours bien, ne démord pas de son sourire et finit son tour de manière souvent enjouée, le clown triste prend conscience de la honte qu’il fait éprouver et ne l’oublie pas, il a souvent une sorte de maquillage qui n’inspire qu’une pitié venant de la maladresse dont on a souvent tendance à rire avec un coté paternaliste bon enfant.
Et bien étrangement je déteste ça, je ne saurais pas dire exactement pourquoi, mais c’est comme se moquer des gros parce qu’ils sont empotés et maladroits à cause de leur poids en omettant qu’ils peuvent avoir beaucoup de qualités, je trouve ça triste de rire du malheur des autres car je n’aime rire de celui des autres, surtout quand cet éclat de rire va venir d’une impression de supériorité, d’un “Ah mais quel con, moi ça ne m’arriverait jamais”.

Et tout naturellemment dans Batman il y a un clown : le joker. Si celui des bande dessinées m’avait toujours laissé de marbre étant donné son aspect irréel, j’avais déjà été touché par celui interprété par Nicholson mais bizarrement, je n’ai jamais réellement trouvé qu’il était un clown car Nicholson ne porte pas un masque dans le Batman de 1989, c’est quand il nous ressemble avec une peau couleur chair qu’il est maquillé. De plus sa folie me faisait plus penser à un psychopathe quelconque juste tombé d’un cirque et qui s’amuserait de cet univers coloré, le transformant en univers malsain via une union des contraires (Beau et Laid se cumulent et leurs différences en font une vraie beauté qui est également détestable) un peu bateau au final.

Et dans ce Dark Knight, il y a de nouveau un clown, mais là où Nicholson était un clown coquet, enjoué, fou au point d’en être théâtral et quelque peu extravagant et cynique (scène du musée où il repeint les œuvres, final où son dentier mécanique fait un son sur son cadavre), Ledger nous compose un clown TRISTE et négligé, démesurément nihiliste, dont la sensibilité ne se complait que dans l’anarchie la plus totale et qui aime mettre à l’épreuve la nature humaine pour en faire ressortir un maximum de sentiments contrastés dont il va se régaler.
Quand j’ai vu la première image du Joker par Ledger, j’ai cru qu’il s’agissait d’une scène où son maquillage avait été abimé mais que en temps normal il était bien maquillé. Erreur de ma part vu que sa négligence s’applique aussi à son masque qu’il s’évertue continuellement remettre en place de manière maladroite. Nicholson avait un sourire figé physiquement comme tiré par des ficelles, mais Ledger doit son sourire à ses cicatrices qui partent des commissures de lèvres pour aller aux joues, marques d’une folie où quelqu’un s’est amusé à “le faire sourire”, sans doute la première de ses mésaventures, et qui n’a rien de drôle.
L’apparence donnée à ce Joker est pour moi la plus violente image du clown triste qu’on puisse trouver car au delà du maquillage celà est inscrit sur son visage. Ledger se maquille pour se sentir clown car sans ce rouge barbouillé sur sa figure il ne l’est plus, et ce glissement vers cette obligation d’incarner ce personnage m’a rendu foutrement mal à l’aise après la projection.

Quand un clown triste se prend un seau d’eau cela ne blesse personne à proprement parler, au pire éprouve-t-on un sentiment de honte, au mieux on n’éprouve rien, mais quand ses tribulations impliquent une folie aussi furieuse que celle qui pousse le Joker de Ledger à tuer et massacrer comme dans le film (car ce sont des maladresses voulues ou non issues de sa condition de grand fantoche) ça ne fait que transfigurer encore mieux cette sainte horreur que j’ai des clowns.
Et pourtant j’ai ri à certaines de ses blagues ! J’ai ri plusieurs fois même devant son grotesque sans cesse plus mis en avant, je n’ai pas pu m’en empécher. Et je le déteste encore plus pour ça, je déteste ce joker car je l’ai adoré et admiré tellement sa logique et son charisme de personne triste m’a fait m’attacher à lui, faisant glisser cet archétype du clown triste dont les mésaventures sont celles de notre quotidien à celui du clown triste dont les mésaventures sont d’un hors norme qui font qu’on ne peut que rire ou haïr, qui font qu’on ne peut tout simplement pas rester indifférent.

Bref Ledger, tu peux reposer en paix après ce rôle, je crois que tu as réussi à créer avec ton interprétation une énorme contradiction en moi : j’aime aimé un clown triste. Et pourtant je déteste toujours ce qu’ils représentent.
Par : Thomasorus
Hi, même avis sur les clowns. Pour ma part ils m’ont très vite fait peur après une sortie au cirque prématurée.
Quelques années plus tard je regarde sans la permission des parents, alors qu’un violent orage passe dans la région, ce film d’horreur avec un clown justement (petite recherche google : )
Résultat des courses, le traumatisme est tellement grand que je ne me souviens même plus du film !
Tout ça pour dire que le Joker du dernier batman était franchement étonnant et innatendu. Un être byzare qui n’arrive pas à inspirer l’horreur franche, un mélange entre compassion, tristesse et rire qui laisse le spectateur pantois !
Ah recherche google : “ça” sur une nouvelle de stephen king… Logique.